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Ô Pirate! (lettre ouverte)
J’ai quelque part laissé un commentaire, malheureusement tronqué parce qu’il était beaucoup trop long. Pour me faire plaisir, voici l’original, en manière de lettre ouverte.
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Alors comme ça mon brave, tu as décidé de pirater un de mes bidules et de le flanquer ici. En bonne compagnie, puisque j’ai aperçu Pierre Dac dans les parages, et quelques autres sommités.
Au départ, je me suis dit: bon d’accord admettons ça fait plaisir. J’ai même eu la bêtise de laisser un commentaire hélas flatté, y notant que la transformation d’un pdf en epub ne donne rien de bon, subodorant que l’epub en question provenait de Sengoa d’où je viens de me barrer en courant (franchement, ça ne valait pas le coup de s’incruster). Jusqu’ici je n’avais pas pu contempler le résultat, d’une part parce qu’au boulot… ça filtre raide (le contenant avant le contenu, d’ailleurs), d’autre part idem (en gros).
Et vlan.
Je viens pour la première fois de télécharger un de mes propres textes en version piratée, Bazar des Anges (fantaisie angélique en mode passablement homosexué), qui j’espère n’attire pas trop de monde. Manifestement c’est la version Alexandrie Online qui a fait les frais d’une torture en règle (ah, je croyais avoir protégé le pdf, mais enfin, on peut toujours tout contourner, de nos jours), et je dois affirmer que si par bonheur c’est illisible (mauvaise digestion des entêtes, pieds de page, sauts de section et autres plaisanteries du même ordre), je me suis quand même à retardement “un peu” irrité de trois petites choses.
- Primo, l’image illustrant l’ouvrage provient de l’édition antique et qui m’a laissé un très très mauvais souvenir chez Manus(beurk).con, de quoi me hérisser le poil.
- Secundo, cher pirate, tu t’arranges pour gagner du pognon quand les visiteurs cliquent. Or mon texte a toujours été et restera toujours (sauf infortune) en libre téléchargement gratuit. Mais alors, gratuit gratuit. Tu me suis? Moi je ne touche rien, je ne veux rien toucher, et qu’on puisse faire du bénef sur mon dos, va comprendre pourquoi, ça me met de bien mauvais poil. Il y aurait eu un simple lien direct vers le pdf, je viendrais pas me plaindre. En l’occurrence ce n’est pas le cas, j’ai fini par m’en apercevoir, alors voilà je grogne.
- Tertio, passée la surprise, je considère qu’au moins en ayant été prévenu, j’aurais peut-être daigné accepter la mise en ligne d’une version epubisée que j’aurais alors volontiers concocté. Mais finalement… ben finalement il y a le paragraphe précédent qui…
Ouais, c’est ce second point qui a décidé de tout. Et qui a même failli donner le coup de grâce à mon second blog, là, Traversée des Limbes, j’étais prêt à m’y installer, pour bavasser entre deux publications de fictions. Personne n’y a mis les pieds, j’ai pu le mettre en “privé” sans états d’âmes le temps de réfléchir. L’aurait pas vécu bien longtemps si je ne m’étais avisé que je peux (encore) prouver la paternité de mes proses (vaut mieux, hein). Mais foin de bavardage, revenons à l’essentiel, très cher, que je vais t’exposer en quelques mots juste en-dessous. Tu vas te réjouir, j’en suis sûr.
Généralement je ne suis pas chien. Généralement. Je suis même plutôt de trop bonne composition. Prêt à laisser passer des trucs, à encaisser sans rien dire.
Mais je crois qu’à cause du point deux, je peux pas laisser faire. Alors on va clarifier les choses.
Tu dégages Bazzar des Anges au plus vite. Ni plus ni moins. J’avais souhaité que le lien de téléchargement mène directos chez Alexandrie, sans intermédiaires, sans que personne ne vienne s’engraisser sur mon dos. Tu sais combien de temps il faut pour écrire un bouquin? Des mois et des mois. Toi il t’a fallu combien de temps pour coller une image, un lien, et pouvoir ramasser peut-être trois fois rien mais quand même?
Quand je dis dégager au plus vite, ça donne un délai assez court. Une semaine. Pas plus. Et déjà je suis généreux.
Ensuite si tu n’as pas bougé une oreille, je te prie de croire que le bouton “Signaler un abus” je saurai m’en servir. Sans la moindre hésitation. C’est une question de respect du droit d’auteur et autres gamineries du même acabit.
Non, ce n’est pas dans mes habitudes d’être mauvais. Je suis navré d’en arriver là. Enfin bref.
Et puis quand je me dis qu’au départ, ce premier piratage m’a paru inconséquent et assez plaisant, franchement je me demande où j’avais la tête. La prochaine fois (s’il y en a une), je tirerai sans sommation sur le coupable (c’est une image, naturellement). Avec autant d’émotion qu’en écrasant un cafard. Et encore, j’aurais peut-être quelque scrupule avant d’aplatir l’insecte, alors que là, non.
Mais ne nous égarons pas. Je dois me répéter, ou tu as compris? Bazar des Anges disparaît d’où il ne devrait pas être, ou je sors l’artillerie. Lourde? Oui, peut-être. A toi de voir.
Et bon samedi quand même.
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Maintenant, pour ceux que ça intéresse, je conseillerai la lecture de l’article Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (signé Joël Faucilhon), qui m’a fait bien réfléchir par le passé et me fera encore bien réfléchir. Vous pouvez cliquer. C’est tout à fait gratuit.
Et enfin, avant toute chose…
C’est fait. Qu’il reste de la coquille, c’est sûr. Que survivent des formulations hasardeuses, inévitable. Manque de temps et manque de recul font la paire pour empêcher de discerner quelles modifications seraient bienvenues. Que les doutes se pressent, il fallait s’y attendre. Sur le style, ils s’accordent : que le mieux puisse être l’ennemi du bien, d’accord, mais en l’occurrence quelques efforts supplémentaires auraient dû être consentis. Sur l’intrigue, ils demeurent évasifs mais marquent poliment une certaine insatisfaction. Pas assez bien ficelée, mon brave. Ils n’iront pas jusqu’à clamer que l’histoire ne vaut pas tripette, mais c’est tout comme.
L’auteur n’en a cure. Primo, il sait qu’il est trop tard pour avoir le moindre remord et pour parfaire encore ses pages. Secundo… il y aurait un secundo ? Oui : il a passé tellement de temps là-dessus que désormais il ne rêve plus que d’une chose, changer d’horizon. Et tertio, il lui reste un léger problème.
Il n’a toujours pas de titre.
C’est malheureux à dire, mais le titre est non seulement le bijou du texte, mais aussi voire surtout son identité première – celle dont on se souviendra éventuellement même lorsqu’on aura oublié le reste.
Convaincu que cette absence cruelle est inacceptable, il va tenter d’en forger un. Art subtil qu’il ne maîtrise pas, estime-t-il, pour aussitôt décider qu’il utilisera une de ces formules à la mode, du genre « Le/s Bidule/s de la/le/les Machin/s/e/es ». Ce sera nettement suffisant, et assez facile à concevoir. Il lui reste donc à déterminer les deux vocables caractérisant le mieux son œuvre.
L’un d’eux vient aussitôt se présenter. Il l’accepte de bonne grâce, le prie de patienter en attendant que le second ne surgisse. Mais le second, lui, se fait prier. L’auteur grimace, se frotte les paupières, se masse le front et se mord les lèvres. Dans un même mouvement. Puis il gribouille vaguement sur un coin de papier un dessin maladroit afin de passer le temps, relit sans conviction sa vingtaine de pages, émet un terme grossier avant de faire les cent pas, soit cinquante aller-retour de la chaise au mur. Il pense alors à un mot et pose ses fesses sur le siège pour y réfléchir. Mais il n’y a pas d’autre candidat en vue et il sent qu’il va devoir se résigner. Foireux comme titre ce sera, mais titre ce sera malgré tout. On le dira provisoire pour se rassurer.
Il inscrit donc en haut de page ces mots inadéquats, en gras et en pas trop gros. Exige de son ordinateur d’enregistrer sur-le-champ la modification. Peste un coup pour la forme. Proteste que non, franchement ça ne va pas. Entame une danse de séduction pour attirer des synonymes qui auraient meilleure allure. Efface son titre.
Retour au point de départ.
Désespoir feint mais agacement réel et très perceptible. C’est donc si difficile de trouver un titre, même un mauvais ? On dirait. Il hésite, rétablit celui qu’il avait peiné à dénicher, hausse les épaules et ferme le document avec brusquerie pour bien marquer son dépit. Avant, dans un sursaut, de le rouvrir parce qu’il vient d’avoir une autre idée qui pourrait (en sera-t-il jamais certain?) être meilleure. Ouais, pourrait.
Il se consolera plus tard en pensant que d’ordinaire, il lui vient d’abord une jolie formule à mettre en couverture, et ensuite, rien. Ne s’agirait-il alors pas de se réjouir ? Il marmonne un peu, y consent du bout des lèvres, et aussitôt arbore un sourire forcé qu’il conservera deux secondes, pas plus, parce qu’il faudrait pas charrier non plus : avec ou sans titre, ce machin, hein…

Considérations futiles entre deux virgules
Il n’y a plus, voyons, qu’une trentaine d’heures avant l’échéance fatale, l’appel à textes des éditions Hydromel étant clos demain à 23h59h59. Le thème, rappelons-le: il s’agit de parler de «Villes, asphalte et légendes urbaines». De ville en tout cas je parle, c’est déjà un bon point, l’histoire n’est pas partie de là (j’avais entamé la chose largement avant le lancement de l’AT) mais se raccroche au thème et ainsi je garde l’espoir de ne pas avoir été hors sujet (ou juste un poil hors, ça se discute). Quant à l’espoir d’être bon, laisse tomber biquet, tu te fais des illusions. Il y a quelques phrases dont je suis content, du genre poétique, mais ça ne suffit pas à me réjouir outre mesure. Et puis, en gros, j’ai la crainte d’avoir été répétitif, poussif à souhait, et le texte n’est assurément pas drôle – or il est manifeste que je suis plus doué pour les déconnades (ce dont je me plains amèrement) qui se propulsent avec allégresse. (Remarquez, je commence à faire des efforts pour réfréner ce penchant à éviter toute gravité, dans le but inavouable d’atteindre à une profondeur dans le propos qui fera pâlir de jalousie jusqu’aux plus grands métaphysiciens du moment).
Il reste une page à écrire. Au plus. Possible qu’il en faille moins, parce que je n’ai pas besoin de tartiner (ce serait nuisible). Un raccord entre la conclusion et la scène qui précède, somme toute. Et je piétine, grommelant quelques insanités à l’adresse du mur, incapable de me magner assez le train pour être certain que j’aurai ensuite le temps d’une relecture propice et de quelques retouches de bon aloi. Le manque de conviction me gagne: est-ce que tout ça vaut bien le coup? Je crains surtout d’avoir sombré dans le ridicule en m’efforçant à conserver une écriture plus littéraire que de coutume. Mais renoncer si près du but, par Ursula Le Guin, pas question. Le sommet de la falaise est proche, ce serait absurde de se jeter dans le vide alors qu’il reste si peu à grimper.
Bon, qu’est-ce qui cloche? L’histoire en elle-même, soit, elle est d’une bêtise à pleurer. Je suis habitué, ça ne va pas me faire frémir plus que ça. Pour une fois, je dois admettre qu’il ne s’agit ni de science-fiction, ni de fantastique. Seigneur, alors ce serait de la littérature blanche? Juste un poil bizarre quand même. (Bête à pleurer, alors, peut-être pas tant que ça, quand j’aurai bouclé tout ça je déciderai si ce l’est ou pas, et je me ferai un vilain plaisir de dire que oui). Les dialogues, maintenant. Fichtre, je n’ai que deux protagonistes, ils perlent presque de la même façon et surtout personne ne parlerait jamais comme eux. Quels sont les mots qui conviennent? “Ampoulé” et “artificiel”. Ni plus ni moins. Scrogneugneu, je peux pas dire que j’ai réussi mon coup.
Soupir. Profond. Abyssal.
Bah, tant pis.
Je me replonge alors dans les dernières pages, me gratte quelque chose (mon coude, vais-je finir par découvrir) et tente de pousser un petit mot de plus. Surprise: il en attire un deuxième, un troisième, et voilà un joli petit troupeau de syllabes bien ordonnées qui accourt. Cinq lignes de plus, d’un coup. Pas si mal. Et puis, regarde: encore dix lignes, merveilleux, non?
Et de me rendre compte subitement que le texte est terminé. Que je tiens le premier jet. Sensation à la fois délicieuse et effroyable (finir un texte c’est toujours se demander si on réussira à en écrire un autre ensuite, chez moi c’est comme ça, mais ça ne dure pas trop longtemps). Finalement, ce n’était pas si difficile d’y arriver. Comme d’habitude, je me suis surpris à avoir un sursaut inattendu. Maintenant, je vais pouvoir m’octroyer quelques minutes d’autosatisfaction molle, me féliciter en m’offrant une barre de chocolat. Pour les corrections hâtives, plus tard.
On dirait qu’il fait beau dehors. Je vais faire un petit tour, rêvasser, rentrer affûter quelques lignes. Certain que je me ferai jeter, mais je me méfie quand même. La dernière fois que j’ai envoyé une bonne grosse daube, elle a réussi à séduire le comité de lecture. Oui, mais cette fois c’est pire. J’ai peut-être une meilleure chance de pouvoir enterrer ce texte et de ne plus y penser. Ou de vous emmerder grave en le mettant en ligne après réception de l’avis réprobateur. Je crois, tout bien considéré, que ça me plairait assez.

Fichtre, fichtre…
Ah? Tiens! Oh!
Et presque, zut. Bah quand même pas, je dis ça juste parce que…
Je vais devoir me remettre au boulot.
J’avais pensé, c’était fin mai et dans cet article-là, que certaine nouvelle, écrite pour certain appel à textes “ordures, décharges et insalubrités”, finirait sa malheureuse carrière ici. D’une part la conclusion en était bâclée, d’autre part elle était longue (dans les 54000 caractères, soit – attendez je calcule – 36 pages bien calibrées). Pas grand risque de me retrouver au sommaire de l’anthologie, songeais-je.
Avec une centaine de textes reçus par l’éditeur, j’estimais même et surtout que le risque était tout simplement négligeable. Il y avait assez de concurrence pour me retrouver hors compétition. Surtout qu’en face, il y avait beaucoup de bons (voire très bons) textes. J’aurais la satisfaction d’avoir participé, ce qui n’était pas gagné d’avance parce que je m’y étais sérieusement pris bien tard. Elle me suffisait.
Tu parles.
La nouvelle sera publiée.
Ben oui.
Dans un vrai livre.
Si.
Oui, vous savez, ces bidules en papier dépourvus de prise USB.
Aux Editions Hydromel.
Non, pas tout de suite. Faut le temps, quand même. D’abord celui d’oppresser les auteurs pour les faire corriger, recorriger, rendre enfin une copie hautement estimable. Et tout le reste.
Publication donc, et va falloir reprendre tout ça, surtout la fin (d’un exubérant bordélisme). Une fin à changer. On vire les pages x à z et on refait du neuf. Parce qu’il le faut bien. Croyez pas que dans un premier temps je vais drastiquement foutre en l’air toute ma conclusion. Seule la portion illégitime sera démolie. Quand il me sera réclamé des efforts supplémentaires et surhumains, ce sera une autre paire de manches.
Je devrais me réjouir, non?
Certes.
Je me réjouis. Mais si. Plus que ça. Pour fêter l’annonce de cette victoire, je me suis même m’octroyé un menu “de luxe” à la cantine. C’est dire.
Mais me voilà désormais privé d’un moyen tout à fait adéquat de remplir le blog. Avec cette nouvelle, j’aurais pu tenir une semaine.
C’est sans importance.
L’échéance pour avoir une merveilleuse version de ladite nouvelle dont hélas je ne pourrai pas dire grand chose (allons, tout de même: il y est question d’archives… de sous-sols, d’égoûts… et de leur influence sur le cours de l’Histoire [sic])… cette échéance n’est pas trop proche. J’ai le temps de fourbir les armes et d’envisager quelques fins alternatives et de bon aloi. Qui seront discutées ensuite avec qui de droit, répudiées dans la foulée (si ça se trouve), et sous la menace du fouet je me remettrai devant le clavier.
Jamais connu ce genre de torture, je ne crois pas que je vais trouver ça exquis.
Quoique. Sait-on jamais.
Et après publication, je subodore la perspective d’autres corvées plus ou moins agréables et promotionnelles.
Moult amusements en perspective.
Ouais, ouais, ouais.

Tiens, voilà du bourrin
Ouais.
Lorsque j’évoquais, la dernière fois que je suis venu traîner mes guêtres par ici, ce délicat et douloureux problème qu’est la correction sans fin d’un texte encore brûlant/chaud/tiédasse, je n’envisageais certes pas de m’emparer d’un sujet inépuisable mais déjà malmené par toute une flopée de théoriciens pratiquant la plumitiverie (je l’ai fait par le passé, donc ce billet pourrait s’avérer redondant – qu’importe). Constatant néanmoins que j’ai envie de me passer les nerfs sur celui-ci, alors que je viens les jours derniers de me passer de sales quarts d’heures à repriser mon tapuscrit pour des raisons que je mentionnerai certainement ci-après sinon à quoi bon, je vais me délecter en dénonçant les travers d’une pratique scabreuse qui contraint l’écrivassier doté d’un talent incertain à perdre son temps en vain. En effet, il va faire des efforts inconsidérés pour parfaire un texte qui, malgré tout, ne saura provoquer que la risée générale, ce dont il ne se doute pas un seul instant, empli de la certitude massive et enthousiaste d’avoir atteint des sommets inégalables.
Enfin là, il ne s’agirait pas de généraliser quand même, je parle pour moi (hormis que j’ai pleinement conscience que j’ai plutôt atteint un fond de crevasse). Et d’ailleurs, afin de ne pas m’attirer les foudres de confrères indûment incriminés (je n’oublie pas les consœurs, mais je suis galant, donc je ne leurs taperais pas dessus – même si j’aurais plaisir à signaler à certaine qu’elle gagnerait à se relire plutôt qu’à se prendre pour une déesse des lettres encore privée de sa fiche sur Wikipedia…), essayez donc de suivre le fil d’une phrase pareille, c’est une honte, bref, pour éviter d’être inopportunément en proie à l’infâme délit de médisance ou de diffamation, je prendrai pour cible l’auteur (quel bien grand mot pour cet individu) que je me targue de connaître le mieux: moi-même. Donc, oui, je parle pour moi, et je vais continuer de le faire.
Mais cessons de bavarder, il faudrait peut-être en venir au fond du problème.
J’avais autrefois relevé que le temps passé à réécrire/corriger était au minimum le même passé à s’escrimer sur un brouillon farouche. Au minimum et dans le meilleur des cas. Il est assez difficile de croire qu’on arrivera d’emblée à l’expression parfaite (pour soi), à la formulation adéquate (tiens, une redondance), et au respect des sacro-saintes règles de grammaire et de syntaxe. Lesquelles peuvent être bousculées pour les besoins de la cause si et seulement si la justification de ces entorses est assurée. Mais je n’éprouve pas le besoin de parler outre mesure de ce point litigieux, sauf pour signaler aux vétilleux qu’une narration tentant d’approcher le langage parlé ne saurait s’encombrer d’une masse de subjonctifs dont la pesanteur s’avérerait préjudiciable.
Le brouillon de mon tout dernier texte, dont le destin est d’être soumis à une maison d’édition préparant une anthologie[1], a été écrit en dix jours. Rajoutons-en donc dix autres pour obtenir un résultat certes médiocre mais acceptable, et nous voici en ce vendredi 28 mai. Je peux d’ores et déjà m’estimer heureux d’avoir respecté la plus grande part des règles typographiques, d’avoir supprimé les coquilles et de n’avoir laissé passer aucun bourdon à mesure des modifications et recopies. Enfin, je crois. Plus on se relit moins bien on se relit. Ce qui impose de prendre du recul (en laissant passer une malheureuse journée) ou/et de changer de support voire de mise en page. Il faut que l’œil soit surpris pour être capable de détecter les anomalies.
Ceux qui travaillent avec conscience et grand soin en établissant des plans/schémas/synopsis/organigrammes/ en préalable ne s’en rendent certainement pas compte, mais se jeter dans le feu de l’action sans avoir d’idée préconçue sur la construction finale apporte diverses surprises qui sont parfois bonnes… mais parfois seulement. Je me suis retrouvé avec des fissures dans la narration, et quelques trous à combler. Il est ainsi arrivé la chose suivante, que je vais transposer pour ne pas déflorer mon si délicieux conte à dormir debout. Le Narrateur évoque dans l’après-midi la nécessité de préparer une lettre à son percepteur, le soir il reste vautré en écoutant France Culture, le lendemain matin il poste sa lettre. Et alors? demanderont les plus distraits. Et alors, sa lettre, il ne l’a jamais écrite. Dans l’esprit du plumitif agrippé à son brouillon, c’est évident qu’il l’a fait, mais il a oublié de mentionner qu’entre deux émissions subtiles Narrateur chéri avait rédigé sa bafouille d’une plume ferme. Il ne va pas forcément s’en rendre compte tout de suite (pas le narrateur, mais le crétin qui veut se croire écrivain). Moi, je suis passé à côté de mon trou à peu près une dizaine de fois sans le remarquer, jusqu’au soir où je suis tombé dedans. Était-ce bête! Alors qu’il suffisait d’ajouter une phrase dans le paragraphe idoine pour que mon honneur soit sauf.
Je me suis alors mis en devoir de découvrir les autres colmatages nécessaires. Ils ne manquaient pas. Il s’agissait souvent encore de précisions omises dans ma précipitation mais qui avaient intérêt à ne pas passer à la trappe. J’ai eu aussi à revoir certains raisonnements dont la subtilité idiote est une de mes caractéristiques (j’en ai commis de fort lourds par le passé; cette fois je m’en suis assez rendu compte pour que le narrateur fasse lui-même la moue). Puis le souci de vraisemblance m’a contraint à un exercice de calcul de remplissage de baignoire (en gros, c’était effectivement ce dont il s’agissait), laquelle a dû être sévèrement vidée pour qu’une scène puisse encore être crédible (à l’origine, les personnages auraient dû dépasser les deux mètres cinquante pour que ce je puisse ne toucher à rien, mais cette taille était bien entendu elle-même absurde).
Un des plus grands chantiers aura été la reprise de la formulation des dialogues. Ils étaient, dans les premières versions, si “bien” intégrés dans le texte qu’ils étaient dépourvus de tout signe permettant de les distinguer. Nul guillemet ne venait avertir de leur présence. Ce parti pris, sans doute amusant, rendait la lecture malaisée puisqu’on ne savait pas forcément qui parlait ou qui répondait à qui. Avoir subtilement glissé quelques indications pour qu’on s’y retrouve étant insuffisant, j’ai dû remédier au problème avec doigté. Il ne fallait surtout pas tout chambouler, et je tenais pour impératif de ne pas en venir à utiliser des sauts de ligne et des tirets qui, crois-je, sont censée être cadratins. Le petit jeu auquel je me suis plié aura été d’introduire des distinctions subtiles entre interlocuteurs à l’aide de concises remarques de bon aloi. L’exercice étant périlleux et comme je ne suis pas certain de ma réussite, j’essaierai sans doute à l’avenir de me dispenser de ce genre de mise en place problématique. Il est préférable de faire simple et bête. Au lieu de
«Ces cornichons sont plutôt laids.» Ma femme ricana sous cape. «Je pensais bien que tu leur ressemblais.» Je marquai un temps d’arrêt. «C’est sans doute pour ça que tu m’as épousé.» (S’ensuit une audacieuse scène de ménage).
Préférer
«Ces cornichons sont plutôt laids.
― Je pensais bien que tu leur ressemblais, rétorqua ma femme en ricanant.
― C’est sans doute pour ça que tu m’a épousé.»
(S’ensuit ici aussi une délicieuse scène de ménage qui met de l’animation dans une narration jusque là assez morne).
Et tout ça pour quoi? Pour pas grand-chose en vérité. D’autant qu’il apparaît rapidement que plus on corrige plus on a d’idées pour corriger. Y a ça qui va pas, ça qui serait mieux si, ça qu’il faudrait peut-être. L’engrenage fatal vous entraîne bientôt là où vous ne souhaitiez certainement pas aller. Passé la phase d’élimination des méchantes fautes, des cafouillages de frappe, des erreurs de recopie, on s’est attaqué au reste. Le style. Au cas où on en aurait un, parce que rien n’est moins sûr. On passe donc en revue phrase après phrase, on en tronçonne, on en prend trois pour n’en faire qu’une, on en intervertit l’ordre lorsque c’est possible et bienvenu. Que de la forme, tout ça. Ensuite on coupe des bouts inutiles, on en rajoute quand il le faut.
Le plus monstrueux piège de la correction, j’en suis sûr, c’est quand on en arrive à ce stade. D’accord, il y a les redites et les redondances qu’il faut évacuer (j’ai ainsi perdu un paragraphe merveilleusement superfétatoire, en tout début de texte, ce qui aurait fait bonne impression). D’accord il y a les trous à boucher. Mais hélas, on est vite tenté d’en rajouter une couche ici, puis ici parce que ça ferait plus joli, et là parce que ça sera sublime. Toutefois, on aura aussi procédé à quelques raccourcissements par souci de clarté (le risque étant de tomber dans l’elliptique), ou pour dispenser le lecteur futur de passages insignifiants (mieux vaudrait ne garder que le titre, estime-t-on soudain avant de se reprendre). On coupe, on colle, on rajoute, on modifie, et on trouve toujours une excellente raison de continuer. C’est comme si on avait entrepris de polir un bloc de marbre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un grain de sable, mais quel grain!
L’idéal, paraît-il, est de faire subir une cure à son premier jet, qui le verra diminuer d’un tiers. Ma foi, je fais ce que je peux, mais d’un volume initial de 45000 signes (30 pages) je suis parvenu à obtenir… 52300 caractères, soit après un accroissement néfaste une taille représentant, soyons précis, 116,07% de l’initiale. Pourtant j’ai coupé, vous pouvez me croire. Mais j’ai aussi introduit un ou deux petits développements, pas grand-chose, vraiment rien. Comment comprendre cette inflation? Autrement qu’en vertu d’une complaisance à préciser, étendre, remplacer plutôt que supprimer, je ne vois pas.
L’avantage d’un appel à textes, c’est qu’une date limite impose de cesser le tripotage de sa merveille, et ce malgré toutes les réticences et les regrets. Sinon, on serait prêt à reprendre et reprendre encore jusqu’à ce que le premier jet ne soit plus qu’un lointain souvenir. On ne sera pas sûr de s’y retrouver, à force, et alors que les corrections visent à obtenir une qualité supérieure, il se pourrait fort bien que d’atroce on tombe dans l’immonde sans s’en apercevoir. Les mois auront passé. Sans qu’on sache pourquoi, des kangourous se baigneront dans la piscine du héros qui, jadis, n’avait même pas de piscine. On voudra alors que la présence de marsupiaux soit cohérente avec le reste de l’histoire et on rajoutera les éléments nécessaires. Le tapuscrit portera la mention «version 133bis». les tirages successifs feront une pile haute comme ça. Par hasard, on retombera enfin sur la toute première version, et alors le drame éclatera. On aurait bien mieux fait de ne pas s’acharner autant. On aurait dû apporter un minimum de ces fichues diableries de corrections et s’en tenir là. Imperfection que tu es belle, songera-t-on au comble du désespoir, en notant que ce qu’on a fait du premier jet ne mérite même pas le mépris. Que de semaines gâchées! Amélie Nothomb, durant tout ce temps, aura publié douze romans. Douze à zéro. (De toute façon zéro, en aurait-on écrit douze soi-même, mais quand on écrit comme un pied…)
Rage et douleur. Et soudain, quoique bien tardivement, on décidera de faire sienne une devise que pour ma part je m’évertue à respecter. C’est plutôt dur, je vous l’accorde. Mais nécessaire, bien que je sois certain qu’elle serait apte à faire se dresser les cheveux sur la tête des plus acharnés défenseurs de la littérature.
Rien ne sert de corriger, il faut bâcler un peu.
Du moins, juste ce qu’il faut.
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[1] Le délai de refus étant d’environ un mois, je pense que je pourrai publier ici-même ma longue nouvelle courant juillet. Dans le cas malheureux où elle serait acceptée, je me contenterais de gonfler le torse et d’annoncer fièrement une incomparable réussite. Comme c’est de la daube, la probabilité qu’elle ait tant fait rire le comité de lecture qu’ils décideraient qu’elle doive impérativement figurer dans le volume est quasiment nulle. D’autant que j’ai mis toutes les malchances de mon côté, l’ultime version avoisinant les 52000 caractères, ce qui est sans doute excessif.
Ah! Tout de même, tout de même…

Ma foi, une longue absence m’aura permis d’augmenter de bien des pages le tas des brouillons qui pourraient servir à me torcher (et je reste poli) si je les imprimais, mais aussi, cependant et néanmoins, de parvenir en dix jours au terme d’une ultime tentative qui malheureusement dépasse de 300% le volume initialement désiré. En moins de quarante-huit heures j’avais déjà pulvérisé mes records de productivité (ayant presque atteint les trois quarts du texte définitif), le reste a suivi avec moins de célérité pour la seule raison que les semaines laborieuses laissent moins de temps pour les futilités.
Grosso modo, la nouvelle fait dans les 45000 signes. Il semblerait ne subsister qu’une dose minimale de coquilles, et j’ai pris le temps de corriger mais pas trop car il ne convient pas qu’elle ait un aspect trop lissé. À mon avis elle répond de façon satisfaisante aux exigences de certain appel à textes auquel je tenais catégoriquement à participer. Il ne reste désormais plus qu’à l’expédier et à prier pour que ça passe. Je suis sceptique, mais il me restera l’inestimable bonheur d’avoir enfin réussi à mener une écriture de bout en bout, ce qui n’était pas arrivé depuis des mois (je préfère même ne pas vérifier à quand remonte le précédent point final). Maintenant de deux choses l’une, soit elle suscite une admiration légitime et méritée (sic), soit elle viendra échouer ici.
Pour le moment je ne peux pas en dire grand chose, le contenu devant être tenu secret, mais sachez que le style est de celui que j’affectionne quand je suis pressé par le temps: surtout pas sérieux, et d’un notable manque de tenue littéraire. On se rapprocherait plutôt de la plupart des articles de ce blog. Quant à la chute, je l’estime légèrement pitoyable (et un poil grossière). Autant dire que de là à tenir cette trentaine de pages pour publiables dans une anthologie papier, il y a une grande marge. Je pourrais certes me relancer sur une piste précédente et produire une seconde nouvelle dont la tenue serait, elle, irréprochable, si je ne craignais d’avoir quelques difficultés à affronter la sombre gravité et l’ambiance délétère du brouillon le plus prometteur. Il me reste dix jours, la date de remise ayant été opportunément repoussée, donc largement de quoi élaborer quelques paragraphes. Je me tâte encore, parce que je sors tout juste des relectures et que je ne me sens pas encore d’attaque pour changer de sujet (dans une thématique semblable).
Comme il convient lorsque les circonstances sont défavorables (j’ai découvert qu’il y avait un délai supplémentaire alors que je me précipitais vers la fin), j’ai travaillé sans aucune méthode. Le point de départ posé, je n’ai eu pendant quelques heures aucune idée de l’endroit où j’atterrirais. Mais les choses s’enchaînant peu à peu, mon histoire s’est amplifiée et construite, jusqu’au dénouement puis la conclusion. A la suite de quoi je suis revenu au tout début pour quelques lignes en préambule qui ne pouvaient être écrites sans tout le reste.
Aucune esquisse préparatoire, aucune note. J’ai sauté dans le grand bassin sans bouée, et en m’agitant j’ai réussi à atteindre l’autre bord. Le résultat n’est pas trop déplorable – ça aurait pu être pire – et je m’efforce de ne pas remarquer que la meilleure façon d’écrire, pour moi, est de m’immerger et de laisser venir, page après page. Dès que je tente une approche préalable, périphérique, annotée, planifiée, tout fout le camp. Ce qui est sans excessive gravité pour une nouvelle devient un cruel défaut lorsqu’on met les pieds dans un univers plus vaste. Il faut alors maîtriser ses impulsions et ne pas se laisser aller à des débordements ou à des déviations périlleuses. Dans la pratique, j’en suis parfois incapable, et après être allé trop loin dois rectifier le tir sans faire trop de dégâts. Mais j’en fais, et je crains que ça ne se remarque. D’où une grande prudence désormais dès que je me susurre le mot roman.
Ou alors, il va falloir que je décide de me cantonner aux romans en modèle réduit, à peine plus étendus que de la novella. Carrément mieux, à la novella. Dans laquelle je suis encore capable de me perdre. Aussi devrais-je n’envisager que la nouvelle. Disons de la nouvelle un peu volumineuse, pour me donner l’illusion que je suis capable d’histoires pas trop simples. De toute façon je rêve encore. Parce que, n’est-ce pas, quand en presque cinq mois on n’a pondu que trente pages valides, il vaut mieux éviter d’être présomptueux.
Soit. Et si je me lançais dans l’aphorisme?
Astrométrie et phénoménologie husserlienne: quels rapports?
J’aurais bien envie de répondre: rien. D’emblée, comme ça. Et pourquoi pas? D’abord je rentre à peine de quelques jours passés à remonter vers le nord le long d’une plage très interminablement très interminable (sic) mais pourtant pas monotone (à gauche l’océan, à droite les dunes, le soleil derrière – et en haut de grève une décoration de déchets divers et variés recrachés par les flots). Alors, eh! croyez pas que je vais me fendre d’un essai qui volerait plus faut que ne l’a jamais fait le moindre Blériot des acariens (en tout cas, de son plein gré). De toute façon, aussi, admettons-le, un tel énoncé ne pourrait que porter à des méditations brumeuses ou envasées. Mais en tant que titre, la question en jette. Du sérieux. Du solide. Presque mieux qu’un sujet du genre Du Bonheur bouddhiste au travers d’une théorie submétaphysique du marxisme post-freudien. (Je suis très fier de celui-ci, et depuis longtemps, aussi ne rechigné-je pas à le recaser quelquefois; le bonheur tient vraiment à peu de choses.)
Les titres, c’est vachement important. Parfois plus que le contenu. C’est appât et hameçon en même temps. Il y a des bouquins qui vous attrapent rien que parce que trois-quatre petits mots (ornés à l’occasion d’une image bien léchée) vous ont mis en appétit. Une fois survolée la quatrième de couverture, vous éprouverez peut-être du dépit (mais vous ouvrirez quand même le livre pour savoir si dépité il faut être), mais on aura quand même réussi le tour de force de vous contraindre à vous arrêter à la devanture de la librairie, à vous suggérer de vous introduire à l’intérieur, provoquant le réveil d’un libraire, et il n’est pas dit qu’une fois pris dans la nasse vous ne ressortiez avec le livre entraperçu, ou avec un autre (tiens, au hasard, L’Art de caresser les Cruches, mémoires flamboyantes d’un potier érotomane, hélas pauvrement illustrées).
L’art du titre fut autrefois porté à son paroxysme, appliqué à la ciménatographie pornographique. Nombre de films de cul donnèrent lieu à des détournements humoristiques de titres préexistants. J’en retiendrai trois : 2001, l’Odyssée de tes Spasmes, Les Erections législascives et Blanche Fesses et les Sept Mains, titres dont je certifie l’authenticité (1). Une dose d’inventivité débridée devait être nécessaire pour attirer l’œil, mais je m’interroge toujours sur l’efficacité du procédé: s’il aura fait succomber un large public aux délices des étreintes mécaniques et répétitives, je ne le saurai jamais. On notera que s’il y avait rapport entre titre et contenu, celui-ci était cependant faussé par la finesse parodique dont devai(en)t faire preuve le(s) auteur(s) de ces exceptionnelles formules. La drôlerie était propice à ce qu’on remarque une affiche insignifiante sinon, elle ne laissait pas présager quels tristes râles devaient être exsudés par les haut-parleurs. Le prodige était donc de faire oublier une réalité sordide, celle d’accouplements démonstratifs mais sans joie.
Dans le domaine de la littérature, il est parfois de bon ton de taper fort dans l’œil du lecteur potentiel, histoire qu’il se demande de quoi que ça peut bien causer, et qu’il soit séduit par la seule couverture. Certains titres ancrent un auteur. Ceux d’Amélie Nothomb sont à cet égard remarquables puisqu’on l’identifierait presque sans avoir vu son nom nulle part. Ceux de Guillaume Musso, non, pas du tout oh non. Le meilleur des siens étant La Fille de Papier (dont le résumé pourrait faire croire que Stephen King s’est lancé dans la collection Harlequin). En outre un bon titre, me semble-t-il, dit beaucoup sans rien dire. L’image de couverture vient l’appuyer (ou le desservir) le cas échéant. Raisonnablement bref, il sait rester en tête, d’autant mieux lorsque sa tournure est bien aiguisée. La quatrième de couverture aura comme lourde charge de distiller quelques informations (ou de vous laisser croire des choses absolument merveilleuses). Mais tant qu’on n’aura pas eu la désobligeance de lire un paragraphe ou deux, on ne saura pas si le bouquin est un pur chef d’œuvre comme je sais si bien en écrire, ou alors une immonde catastrophe comme je sais si bien faire aussi (et sans doute encore mieux).
Le titre, c’est donc à élaborer avec soin (et amour). Tout le problème sera qu’un beau titre ne sera pas forcément un bon titre. L’esthétique sait parfois être inefficace, surtout lorsqu’il st question d’estampiller un ouvrage, de lui donner une identité sommaire, partielle autant que partiale, et aussi… de faire vendre. Plus on est connu moins le titre aura de l’importance, le dernier Machin sera lu presque automatiquement même s’il s’intitule Lavage de Cerveau (non je ne vise personne, mais alors pas du tout je vous le jure, mais en insistant je devrais bien trouver une cible qui correspondrait). Pour les autres, il faudra concilier un bon sens commercial avec celui de la formule qui fait mouche en restant jolie mais pas prétentieuse. Même si on ne vend rien mais qu’on diffuse ses écrits par des voies diverses hors du circuit éditorial classique.
Dur. Quand même. Parce qu’il ne suffit pas d’avoir une belle plume sur trois-cent pages pour être capable de sortir le titre qui va bien. Mais, réciproquement, il y en a qui sont hyper doués pour vous ficeler du titre accrocheur mais pas racoleur (ouf), et vont remplir leurs chapitres de niaiseries. A ce propos, je ne sais toujours pas dans quelle catégorie je mériterais de me poser. Mais il semblerait que j’aie quelques prédispositions pour la seconde. D’ailleurs il m’est souvent arrivé de pondre des titres et rien derrière.
Ouais. Et… je peux vous dire un truc? J’ai un peu honte de ça…
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(1) Lycéen à Belfort, il advint que je découvris le chef d’œuvre de Kubrick dans une salle vieillotte presque déserte qui jetait là ses derniers feux. Les projections suivantes ne montreraient plus que des galipettes savamment orchestrées, sauf durant les festives périodes de fin d’année, où Disney reprendrait fugacement le dessus. Je passais chaque semaine devant ledit cinéma pour m’en aller jouer au con sur un terrain de sport eu égard aux exigences scolaires, d’où que j’aie pu suivre l’évolution de ce temple du septième art, et me délecter des affiches sobres (pas d’images) ornées de titres plus délicieux les uns que les autres.
La Conscience métaphysique chez les Méduses tropicales
Il y eut donc le Salon du Livre de Paris, et faute de mieux en ce dimanche maussade j’y suis allé faire un tour. Je ne vois guère d’intérêt à en parler trop: c’était encombré d’éditeurs, d’auteurs et de lecteurs, on pouvait trouver de tout et n’importe quoi, on pouvait même se ruiner si on était d’humeur dépensière. A quelques reprises il m’aura été proposé de discuter avec un auteur, mais je crois bien que je préfère lire d’abord et causer ensuite, et puis je ne suis pas du genre à oser entamer un bavardage avec des gens que je ne connais même pas. Sinon, j’ai failli marcher sur Bertrand Delanoë, ma trajectoire a plus tard croisé celle de Jean-Pierre Mocky, et j’ai aperçu un Giscard extasié en pleine séance de dédicace. Voilà pour l’anecdotique, et comme il n’y a pas grand chose à rajouter je ne rajouterai rien. Ou quand même, si.
Ce genre de manifestation massivement courue n’est pas mon fort. Déjà, je me sens dépassé par la masse d’ouvrages et d’auteurs, c’est trop, beaucoup trop. Ensuite, m’étreint le vague sentiment que si un jour j’arrivais à me faire un trou dans le microcosme éditorial, me retrouver dans la tourmente assis à une petite table pour une séance de “qu’est-ce que je vous mets ma brave dame?” qui fait hélas partie du destin des plumitifs heureux (ou perçus tels par la concurrence refusée de partout) serait vécu comme un long calvaire. Je suis partant pour éditer, pas trop pour faire l’idiot en public. Il semblerait néanmoins qu’il faille en passer par là. Je vous assure que le jour où j’ai pris conscience de cette dure nécessité fut empli de terreur et de consternation. Mais comme je ne suis absolument pas assuré de mon potentiel éditorial (ce qui fait que je rechigne à considérer comme pertinent d’expédier mes proses aux quatre vents), je suis presque soulagé de savoir que je ne passerai pas par les affres de la séance de dédicaces (d’abord, qui pourrait être intéressé?), sauf hasard malheureux – encore faudrait-il, je le répète, que je refourgue un petit pavé qui en vaille la peine, lequel, je le crains, n’a pas encore été écrit. Et quand bien même. Parce qu’il faut bien se rendre compte qu’il y a des milliers d’auteurs méritants, et que chercher à rajouter un bouquin dans le tas, ben… autant vomir dans une contrebasse.
Pourtant. Oui, pourtant. Que j’aie foi en mon (absence de) talent devrait-il me dissuader si fermement de répandre mes pages un peu partout? L’évidente réponse est que non, puisqu’après tout il y a nombre d’écrivassiers encore moins doués que moi qui trouvent preneur, ce que mes errances de dimanche m’ont encore confirmé. Même si l’édition n’est pas encore un but que je me fixe (en fait, c’est un objectif que je recule en permanence) puisque je tiens avant tout à faire un tout petit peu mieux que ça et à torcher un bon petit volume que je ne tiendrai pas trop pour de la confiture de feuilles mortes. Il y a cependant certaines considérations à prendre en compte.
1- Je ne crois pas être publiable, donc je ne fais pas l’effort de démarcher les éditeurs. Donc je ne peux pas savoir si l’un d’eux serait intéressé et plus si affinités. Donc je considère toujours ne pas être publiable, c’est pourquoi je n’envoie (plus) rien, la conséquence étant que (etc.).
2- Si j’attends d’avoir la certitude d’avoir écrit un bon texte, ça peut encore durer un sacré bout de temps. Le risque étant que cette certitude soit posthume sur une prose qui plus est ancienne, si certitude posthume il peut y avoir ce qui dépend des convictions de chacun sur la question, enfin de toute façon il sera bien trop tard, les défunts n’ayant pas coutume de signer des contrats.
3- Si j’étais publié (hu-hu-hu), ça me donnerait peut-être la confiance minimale pour me lancer à l’assaut de plus ambitieux que mes niaiseries science-fictionneuses – et de la confiance en moi, j’en suis bien assez dépourvu pour ne négliger aucun apport potentiel. De fait, je suis plus porté sur l’autocritique résignée que sur les hardiesses de la fierté d’avoir produit deux romans emplis d’intelligence subtile et de drôlerie incomparable, une poignée de nouvelles qui ne sont pas follement réjouissantes, et d’autres proses qui… bon, enfin…
4- Si on me refusait systématiquement, ça voudrait dire que j’aurais à me botter le train et à me mettre très très sérieusement au travail. Faute de confiance, un orgueil égratigné peut vous pousser à vous retrousser les manches (en grognant qu’on va vous le prouver, qu’on n’est pas un tocard). La réaction inverse (tout laisser tomber) est peu probable. L’écriture est une drogue dure.
5- Ma collection de refus est si mince que je passerai facilement pour un amateur en la matière, il serait bon de rattraper mon retard.
6- Et puis, hein, j’ai bien fait l’effort de produire des mises en pages spécialement pour ces chers éditeurs, j’ai même fait le sacrifice de nombreuses heures de corrections, je ne vois pas pourquoi ça n’aurait servi à rien et pourquoi je ne ferais pas comme les autres clavardeux, nonobstant que je considère que j’aurais presque plus de chances de gagner au loto.
Ceci dit, la fréquentation d’un Salon du Livre n’est jamais pour me rassurer. Trop d’écrivains. Trop d’aspirants à l’édition. Trop de talents ignorés (et quelques nullards qui percent, on ne sait trop comment). Et moi dans tout ça? Je vais encore dire «Bof», mais au fond je n’en sais rien, j’aurais peut-être une chance. Quitte à n’être qu’un «bof plus». Un «bof» de plus. Bof-bof.
Quant à la figure 1, prévue pour illustrer une argumentation portant, je le rappelle, sur la conscience métaphysique chez les méduses tropicales, d’une part elle n’avait rien à voir avec le sujet, d’autre part, et on m’en remerciera, j’ai évité d’évoquer cette épineuse question avec un brio que je devrais de préférence et plus vite que ça mettre au service de la littérature.
… De la quoi?
Tema senza variazioni (Largo funebre)
L’écriture en cours est la préoccupation permanente de l’écrivain.
(Voir ici).
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Il avait redescendu le store. "Qu'est-ce que tu veux manger?" geignait-elle derrière lui. "Des nouilles", rétorqua-t-il avec nervosité.
Passant chez Nathalie Salvi (que je salue au passage, en notant qu’hélas je ne peux rendre visite à son blog que rarement, pour raisons de filtrage drastique des sites là où je bosse – il est vrai qu’on n’est pas là pour jouer sur internet, mais bon, la politique est de filtrer les contenants avant les contenus, ce qui donne des résultats parfois curieux, et Nathalie fait partie des zones interdites du web qu’il ne m’est pas permis d’effleurer durant la pause), j’ai rebondi sur le site mentionné, et j’ai accroché à cette petite phrase toute simple, innocente et anodine.
Ce terrible constat, j’en suis un exemple flagrant. Souvent je ne parle que de ça : quand ça vient, quand ça voudrait venir, quand ça frétille, quand je dérape, me flanque dans l’ornière et cale, quand ça me fait braire (un peu moins).
Entre eux, les écrivasseurs et écrivains (du moins ceux que je connais) on même ce réflexe navrant de demander au confrère croisé à l’occasion : « Alors, qu’est-ce que t’écris en ce moment ? ». Je parierai parfois que c’est pour avoir le plaisir de s’entendre répondre « Rien ». Plus rarement pour se réjouir que l’interlocuteur soit en train de pondre les pages dont on aura l’impatience de se délecter.
Clamer qu’on est bien partie prenante dans l’effort de déboisement et de transformation de forêts en bidules de plusieurs centaines de pages, c’est aussi signifier à la concurrence que la guerre n’est pas finie, qu’on n’a pas jeté les armes et qu’on va voir de quel bois on se chauffe, non mais. Bluff ou vérité, c’est une question de fierté personnelle, une manière opportune de ne pas perdre la face. Tant qu’on écrit ou qu’on veut faire croire qu’on écrit, on est encore écrivain. De l’art de s’auréoler à peu de frais du prestige de ce terme qui séduit tant les Français.
C’est par cette préoccupation constante, récurrente, prégnante, obsessionnelle et (faut-il le dire ?) nombriliste qu’on reconnaît nombre de blogs et sites de virtuoses de la plume. Au premier coup d’œil. Même pas besoin des mots clés incontournables (écriture, roman, éditeur…), un bref aperçu du contenu donne tout de suite le ton. La barbe ! devrait s’exclamer l’internaute, qui voit s’étaler tant de semblables considérations.
La barbe ! m’exclamé-je moi aussi en faisant le relevé de mes contributions à ce vaste concert de bruissements de feuilles caressées, noircies, déchirées. Contente-toi d’écrire, oublie de rabâcher tes lamentations sur le sujet, et parle-nous d’autre chose.
D’accord. Mais de quoi ? Sur mes fiévreuses ferveurs pour certains compositeurs et certains enregistrements musicaux afférents, il y aurait de quoi tartiner. Sur mes lectures peut-être aussi, mais il s’agit souvent de bouquins qui ont un certain âge et sur lesquels on s’est largement étendu ailleurs. Le cinoche, j’oublie. Les promenades dans les bois… Bon. Il y a plein de sujets possibles, exploitables, délicieux. Je vais tâcher de m’y plonger un peu plus et de m’oublier.
D’ailleurs, les rubriques « Autres rivages », « Lectures » et « Musiques » sont encore sous-exploitées (elles totalisent zéro billet), il serait temps de m’en occuper. Allez… On commence par quoi ?
L’écriture en cours est la préoccupation permanente de l’écrivain.
(Voir ici).
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Passant chez Nathalie Salvi (que je salue au passage, en notant qu’hélas je ne peux rendre visite à son blog que rarement, pour raisons de filtrage drastique des sites là où je bosse – il est vrai qu’on n’est pas là pour jouer sur internet, mais bon, la politique est de filtrer les contenants avant les contenus, ce qui donne des résultats parfois curieux, et Nathalie fait partie des zones interdites du web qu’il ne m’est pas permis d’effleurer durant la pause), j’ai rebondi sur le site mentionné, et j’ai accroché à cette petite phrase toute simple, innocente et anodine.
Ce terrible constat, j’en suis un exemple flagrant. Souvent je ne parle que de ça : quand ça vient, quand ça voudrait venir, quand ça frétille, quand je dérape, me flanque dans l’ornière et cale, quand ça me fait braire (un peu moins).
Entre eux, les écrivasseurs et écrivains (du moins ceux que je connais) on même ce réflexe navrant de demander au confrère croisé à l’occasion : « Alors, qu’est-ce que t’écris en ce moment ? ». Je parierai parfois que c’est pour avoir le plaisir de s’entendre répondre « Rien ». Plus rarement pour se réjouir que l’interlocuteur soit en train de pondre les pages dont on aura l’impatience de se délecter.
Clamer qu’on est bien partie prenante dans l’effort de déboisement et de transformation de forêts en bidules de plusieurs centaines de pages, c’est aussi signifier à la concurrence que la guerre n’est pas finie, qu’on n’a pas jeté les armes et qu’on va voir de quel bois on se chauffe, non mais. Bluff ou vérité, c’est une question de fierté personnelle, une manière opportune de ne pas perdre la face. Tant qu’on écrit ou qu’on veut faire croire qu’on écrit, on est encore écrivain. De l’art de s’auréoler à peu de frais du prestige de ce terme qui séduit tant les Français.
C’est par cette préoccupation constante, récurrente, prégnante, obsessionnelle et (faut-il le dire ?) nombriliste qu’on reconnaît nombre de blogs et sites de virtuoses de la plume. Au premier coup d’œil. Même pas besoin des mots clés incontournables (écriture, roman, éditeur…), un bref aperçu du contenu donne tout de suite le ton. La barbe ! devrait s’exclamer l’internaute, qui voit s’étaler tant de semblables considérations.
La barbe ! m’exclamé-je moi aussi en faisant le relevé de mes contributions à ce vaste concert de bruissements de feuilles caressées, noircies, déchirées. Contente-toi d’écrire, oublie de rabâcher tes lamentations sur le sujet, et parle-nous d’autre chose.
D’accord. Mais de quoi ? Sur mes fiévreuses ferveurs pour certains compositeurs et certains enregistrements musicaux afférents, il y aurait de quoi tartiner. Sur mes lectures peut-être aussi, mais il s’agit souvent de bouquins qui ont un certain âge et sur lesquels on s’est largement étendu ailleurs. Le cinoche, j’oublie. Les promenades dans les bois… Bon. Il y a plein de sujets possibles, exploitables, délicieux. Je vais tâcher de m’y plonger un peu plus et de m’oublier.
D’ailleurs, les rubriques « Autres rivages », « Lectures » et « Musiques » sont encore sous-exploitées (elles totalisent zéro billet), il serait temps de m’en occuper. Allez… On commence par quoi ?

