Marion Bensadoun : De toute façon, je reviendrai

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La mer jusqu’au bord du monde, et ses pieds nus sur les galets blancs.

Les bras autour des genoux.

Elle plisse les yeux pour distinguer les petites vagues sur l’horizon. Elle plisse les yeux pour le percer.

Le Soleil se jette sur son front. C’est un jeune Soleil encore, haut dans le ciel mais pâle, trop fort.

Un jeune Soleil dans une oreille, c’est un son aigu, une vrille, ça vous explose, ça ne s’oublie pas. C’est dangereux, trop haut dans le ciel. Trop pâle.

Elle ferme les yeux. Quelques secondes. Les soupirs de l’écume sur ses joues. Son sourire salé qui s’assèche lentement.

Elle aime être arrivée.

Elle aime descendre du hasard, poser ses valises, et décider de rester. Quelques instants, quelques jours, quelques semaines. Ne pas compter.

Elle rouvre les yeux.

Regarder.

Inlassablement.


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Marion Bensadoun : Hölderlin

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Les feuilles des tilleuls, acides et amères, coupent le Soleil, sous son nez.

Elles jettent des paillettes de printemps au bord de ses narines.

Ses lèvres s’étirent…

Roses – comme des cerises –, fines (langues de rouges-gorges accrochées à son sourire).

Le sang sur son visage s’étale là, juste sous la peau, éclairci par l’azur, appelé par la chaleur, la brise fraîche, le matin.

Il a un gros visage, vu comme ça.

Un visage qui remplit tout le regard.

Son regard (noir, vaste : comme du velours).

Ses longs cils caressent l’amour qui se pose sur sa bouche.

Il baisse les yeux.

Timide.

« Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres. »

Pourtant, l’Amour est inextricable.

La mer enveloppe le velours.

Pour toujours…

C’est comme ça ;

Les cerises sont un filet (en fait).

« Es ist unsterblich, denn es weiß vom Tode nichts. »

Apollon a des boucles blondes.

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Marion Bensadoun: Absurde

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Il se souvient des aurores moites et humides, de leur haleine dédaigneuse et mauvaise quand il glissait dans les rues de la capitale, le visage dans le col de sa veste.

Il avait un chapeau vert. Sobre.

Il se souvient qu’il y a des heures entre la nuit et le jour qui n’existent pas. Elles n’ont pas de nom, ni de consistance, aucune existence.

Au début, l’homme se sent démuni ; il se retourne sur cette absence, il croit flairer l’étrangeté. Et l’étrangeté pour l’homme, c’est d‘abord une odeur de danger. Comme quelque chose qui bouge dans les fourrés, ou une ombre qui n’a pas de forme.

Alors il presse le pas.

Les gens comme lui s’habituent. Et par là-même, ils deviennent des gens comme « eux ». Ils s’habituent jusqu’à devenir cette fraîcheur sans âge ; l’étrangeté est contagieuse, et les ombres se défont.

Lui se hâtait pour ne pas que les feuillages bougent, il s’agissait en fait de passer dans les heures qui n’existent pas, elles sont une sorte de dimension parallèle. Elles agissent elles-mêmes sur les gens comme lui comme le sommeil des masses sur elles : elles les protègent, leur offrent un espace.

Toutefois gare.

Il faut slalomer dans les ruelles aux immeubles sans fenêtres, tourner vite aux angles sans s’attarder, comme on ouvre sa veste sur un ouvrage recherché.

Et la porte ne se referme jamais assez vite derrière vous.

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Auf der Suche / Marion Bensadoun [reprise]

Pour avoir rendu le blog précédent “privé” (sa fréquentation était devenue nulle, alors ça ne changeait rien), il a été décidé de reporter ici quatre billets essentiels autant que nécessaires.

Vont donc réapparaître ici trois nouvelles de Marion Bensadoun mises en ligne il y a plus d’un an. Je pourrais m’étendre, à tort et à travers, sur le presque non-choix effectué au sein d’un joli nombre de textes qui, depuis, s’est encore étoffé. Ou, à défaut, évoquer avec fougue et détermination les aspects qui m’ont particulièrement séduit au sein de ceux que vous allez pouvoir lire. Or, je risquais de me laisser entraîner dans des bavardages vains, et de vous lasser avant le moment crucial. Je me contenterai donc de quelques mots périphériques (sic).

Marion (alias Auf der Suche* sur le forum des Jeunes Ecrivains où le hasard fait parfois bien les choses) avait bien voulu me faire le plaisir de me laisser  piocher dans sa production pour vous en présenter quelques morceaux. Je sais qu’elle n’avait (n’a toujours?) pas autant confiance en elle qu’elle le devrait, et ma foi elle avait (ou a?) bien tort: elle est dotée d’une belle écriture, il faudra bien qu’elle s’en rende compte un jour… avant que tous ceux qui le lui répètent ne soient aphones.

De nouveau, par trois fois je lui céderai la place. Je ne dirai rien de plus, je vais vous laisser lire et apprécier cette jeune plume qui, texte après texte, poursuit une envolée vers des sommets.

On commence d’ici quelques instants le voyage, attention à la fermeture des portes, attention au départ.

* “Pseudonyme” en lui-même assez parlant quand au fond de son écriture, ceci dit en passant.


Interruption de nos programmes, mais…

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En raison d’une absence de quelques jours, qui seront occupés à se rafraîchir l’intérieur de la boîte crânienne dont le contenu semble absent eu égard aux échos qui s’y propagent, l’auteur de ce blogue ne sera pas en mesure de vous divertir mais vous propose, ce qui est la moindre des choses, d’aller vous plonger dans le site de Dominique Bardel sur lequel il s’est promis depuis longtemps de revenir sans en avoir jamais le temps (ou l’état intellectuel adéquat). Il s’est aussi promis d’en évoquer d’autres, et espère qu’il saura mener à bien cette entreprise avant que le gâtisme ne le frappe.

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D’autre part, il vous incitera à mettre le volume à fond (pas trop, pensez aux voisins), et à écouter l‘ultime concert donné par Rostropovitch à la tête de l’Orchestre de Paris. Orchestre que l’on félicitera (voire plus) pour avoir mis à disposition, en écoute intégrale, quelques heures de fichtrement bonne musique.

Dans l’ordre, la Symphonie N°10, plat de résistance, suivie de deux desserts avec le Premier Concerto pour Piano, Trompette et Cordes  (avec Cédric Tiberghien à la trompette et Frédéric Mellardi au piano, non c’est l’inverse) puis Cinq Entractes tirés de Lady Macbeth.

Qu’en dire? Un régal. Alors qu’il ne lui restait que cinq mois à vivre (et qu’il venait d’annuler une tournée américaine sur ordre médical), Rostropovitch fait preuve d’une vigueur (et d’une verdeur, dans le concerto) qui en remontrerait à plus d’un. On ne reprochera rien à l’enregistrement. Mais ceux qui avaient eu l’audace de tousser (plus d’une fois) de façon audible aux moments les moins opportuns sans doute pour se faire remarquer mériteraient d’être publiquement écartelés, bouffés par les rats et leurs restes exposés dans le foyer de la salle Pleyel, à titre dissuasif.

Pour les audacieux, le site de l’orchestre propose encore quelques autres concerts dont un Requiem de Verdi par Giulini, du Bartók par Boulez (et Pollini), j’en passe et des meilleures.