Alors, il a bien fallu rentrer. Depuis mon dernier billet, j’ai fait ma halte dans le village perdu de Haast, avant de bifurquer pour tâter de la montagne, gagner Christchurch qui aura été quittée avec soulagement pour la ravissante côte du Pacifique à hauteur de Kaikoura (où c’est mer et montagne dans un même mouvement), avant de remonter sur Picton et traverser le détroit de Cook avec trois heures de retard, n’apercevant de Wellington assaillie par une tempête que le supermarché d’en face, puis remontant dare-dare jusqu’au lac Taupo en longeant le parc national des volcans d’Auvergne du Tongariro (tempête de pluie plus tempête de sable) et demeurant trois jours en la sulfureuse Rotorua avant enfin de me retrouver à Auckland puis, sans grande surprise, de me voir coincé durant vingt-quatre heures dans de gros navions. Ce qui m’aura en conclusion ramené à Paris où je trouvai fort curieux que des hirondelles ne volassent point dans un ciel légèrement céruléen à l’air doux.
Haast Township, donc [1]. Ultime étape sur la côte de la mer de Tasman, je l’ai trouvée telle qu’annoncée. Le village, nommé d’après un géologue prussien venu faire un tour par là en 1858, est pile au bord de la route, à huit kilomètres de la plage et à zéro de rien. Quelques maisons, une pincée de motels, une supérette et un poste de police: voilà pour résumer.
Il fait beau, les nuages s’étant miraculeusement retirés de la côte, ce qui me permet de cheminer jusqu’à la plage dont je convoitais la vision. Trajet pédestre quoique routier; point de sentier propice, mais par bonheur la circulation est loin d’être dense. Tout de même, deux heures de bitume ne sont pas une réelle partie de plaisir et on a quelque soulagement à trouver enfin une issue vers la mer, ayant dû la longer longuement pour contourner une lagune qu’on n’aura pas le loisir de contempler de près.
Et alors, la plage.
Personne. Sur des kilomètres à gauche (vers le sud-est), c’est certain. Vers l’embouchure de la Haast, on trouverait quelques pêcheurs. Mais là où je suis, pas un chat. Si je voulais je pourrais étaler ma serviette au grand soleil où je veux. Mais d’une part je n’ai ni serviette ni maillot (ce qui ne gênerait pas certains mais bon), d’autre part le vent est frisquet et l’eau ne doit pas être bien tiède. Je me pose donc dans un coin et opte pour une attitude contemplative.
La grève (subtil mélange de sable gris et de galets) est encombrée de troncs morts charriés par les flots. Les dunes ont disparu sous des buissons épineux (qui empêchent de ce côté-là aussi d’approcher de la lagune). On est coincé au bord de l’eau, mais ravi d’y être.
Jeu des vagues et du vent. Artistique abstraction de ces troncs rejetés en vrac et polis par les marées. Lumière dure. La côte semble filer à l’infini – mais très loin, on devine quand même ce qui devrait être des falaises. Nudité du ciel, de la mer et du sable. Et je savoure tout ça pendant combien de temps? Sais pas trop. J’ai oublié ma montre (oublié, vraiment?).
Et quand même, faire le chemin du retour.
Provoquer la curiosité craintive d’un troupeau de vaches qui viennent renifler le long de la clôture, s’enfuient, et reviennent me humer parce que c’est plus fort qu’elles, le manège recommençant bien des fois sur un kilomètre.
Voir le sommet de Mosquito Hill se recouvrir d’un petit nuage timide.
Observer un tui le bec farfouillant avec frénésie dans des fleurs. (Un quoi? Un tui: oiseau au chant variable contenant parfois du klaxon, du grincement, voire autres bruits singuliers; pour les oiseaux, aller par exemple voir ici).
Rentrer dans le “backpacker” et, au détour d’un couloir, tomber nez-à-nez avec un jeune ouvrier des chantiers routiers qui n’a pas pris la peine d’échanger ses bottes pour de la chaussure et s’en va direct à la douche. Costaud à faire craquer sa chemise, gueule d’ange un peu brute sur les bords, mais si poli, si souriant. (Et de tout le voyage ce fut ans doute le plus beau Kiwi que j’aie pu… contempler; pourtant, moi, les blondinets aux yeux bleus… mais c’est vrai que taillés comme ça…).
Ouais.
Alors comme ça, y avait vraiment rien à voir et rien à faire à Haast? Tu parles!
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[1] Haast se décompose en trois “localités”, Haast Township dans les terres, Haast Junction plus près de la mer, aux abords du pont traversant la… Haast River et au carrefour de deux routes dont l’une mène au Haast Pass, col le plus bas des Souther Alps, l’autre conduisant le long de la mer vers le sud jusqu’à Jackson Bay; et enfin il y a Haast Beach qui, comme son nom l’indique…
Le patelin doit sa pérennité sinon son existence à la construction de la route menant au col susmentionné. Quelques égarés s’étaient installés dans le coin à la fin du XIXe siècle (un peu contraints et forcés de rester), mais Haast fut ensuite d’abord un tas de baraquements avant de devenir un… euh… village, au début des années soixante.
Mais le mieux est de renvoyer les curieux au site officiel.
